Plaquette des spectacles de Gérard Berliner

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DossierBerliner-2

La Légende d’un siècle
Gérard Berliner rend un poignant hommage à Hugo. Une heure et demie d’émotions scéniques comme un précipité de vie. Haletant, intense, renversant.
Un spectacle qui donne envie de relire Hugo et de réécouter Berliner… que le public acclame debout.
Ces récurrences, la guerre, l’ignoble condition humaine qui fait verser le sang sur le sang, les femmes, l’amour, les enfants, semblent avoir conduit Berliner vers Hugo.
Pendant une heure et demie, il va, tout en nous transmettant sa passion pour l’écrivain, nous faire partager les huit décennies de celui qui fut le plus grand témoin du XIXe siècle en alternant phases de jeu et chansons. En jouant Hugo, en chantant du Hugo, en jouant Berliner racontant Hugo.
Le défi est audacieux.

L’arme de l’humour
Pour ce qui est du chant, on sait que Berliner a ce qu’il faut pour séduire. Une voix chaude, capable de balayer toutes les tessitures, de faire un détour dans les aigus pour souligner une émotion ou une phrase plus intime. Qu’il se livre à un manifeste chanté en faveur de l’amour ou qu’il susurre la complainte célèbre « Demain dès l’aube » composée en souvenir de la disparition tragique de Léopoldine Hugo, le chanteur habite la scène de sa voix puissante, charmeuse, romantique, tonitruante.

La phase de comédie n’était en revanche pas gagnée. Jouer Berliner et Hugo sur un quasi piédestal : attention casse-gueule. Là, l’arme dégainée est la plus belle, la plus désacralisante : l’humour. En nous présentant un Hugo tout bêtement humain. Avec ses qualités, ses défauts, ses emportements, ses outrances, ses démesures et en appuyant là où ça fait rire. Car derrière le pourfendeur de cette condition inhumaine qui refuse le droit de vote aux femmes, met les gamins à la tâche soixante-dix heures par semaine, préfère payer des bourreaux que des instituteurs « Au lieu de couper des têtes, emplissons-les », laisse crever miséreux et misérables, se dévoile aussi un infatigable coureur de jupons, un authentique épicurien. Et les mots suivent. Hugo peut provoquer l’hilarité d’une salle. Par le jeu de mots, l’évocation de ‘Sainte-Bave’ pour Sainte-Beuve, l’ennemi de toujours, par des remarques franchement hussardes, qu’importe !

Le mot est bon, il n’en est que plus drôle.

C’est en jouant en permanence sur toutes les facettes de son héros que Berliner remporte une belle victoire sur le défi incroyable qu’il s’est lancé. Son spectacle aux lumières chaudes, au décor intimiste et mis en scène selon un découpage en courtes saynètes comme un recueil de sonnets, nous offre l’occasion de redécouvrir le visionnaire qu’était Hugo (l’Europe communautaire, la monnaie unique, l’abolition de la peine de mort étaient déjà ses chevaux de bataille).

Main dans la main, Berliner et Hugo sont applaudis par une salle debout. Vivant, Hugo ? Plus que jamais !

Franck BORTELLE (Paris)
www.ruedutheatre.info